402 − 187 : pourquoi le zéro du milieu fait tout dérailler en CE2

Soustraction avec retenue CE2 : votre enfant bute sur 402 − 187 ? Le zéro du milieu révèle un trou précis. Un test ce soir et cinq minutes pour le combler.

Mardi soir, le cahier du jour est ouvert sur la table de la cuisine. Au milieu de la page : 402 − 187. Votre enfant pose l'opération, commence par les unités, s'arrête. Il gomme, il réécrit, il gomme encore.

Puis il lève les yeux vers vous : « Mais il y a un zéro. On fait comment ? »

Vous regardez à votre tour. Et vous vous rendez compte que vous auriez, vous aussi, un peu de mal à expliquer ce que vous faites avec ce zéro.

« Il savait pourtant faire l'an dernier »

C'est la phrase qu'on entend le plus. En CE1, 52 − 18 ou 70 − 34 passaient à peu près. Alors quand tout déraille en CE2, on cherche une raison du côté de l'attitude. Il est fatigué, il va trop vite, il ne se concentre pas, il a « oublié ».

Ou bien, plus inquiétant : « Il n'est peut-être pas fait pour les maths. »

Aucune de ces explications ne tient. Un enfant inattentif se trompe un peu partout, au hasard. Le vôtre réussit sans doute 564 − 238, et se trompe précisément quand un zéro se glisse au milieu du nombre du haut. Une erreur aussi ciblée a une cause aussi ciblée.

Le zéro oblige à casser deux fois

Reprenons 402 − 187 avec la technique « par cassage », qu'on appelle aussi « par emprunt ».

   4 0 2
 − 1 8 7
 ───────

Aux unités, 2 − 7 est impossible. En CE1, il a appris quoi faire : prendre une dizaine à la colonne de gauche et la transformer en dix unités. Il se tourne donc vers les dizaines. Elles sont vides. Zéro dizaine, rien à prendre.

Pour s'en sortir, il faut remonter d'un cran : casser une centaine en dix dizaines, puis casser une de ces dizaines en dix unités. Le nombre 402 devient 3 centaines, 9 dizaines et 12 unités. Ensuite, tout se déroule : 12 − 7 = 5, 9 − 8 = 1, 3 − 1 = 2. On trouve 215.

Deux cassages en chaîne. Pour les réussir, il faut voir que 402 contient 40 dizaines, alors qu'on n'écrit qu'un 0 dans la colonne des dizaines. Cette idée relève de la numération, pas du calcul. Si elle est fragile, la procédure apprise en CE1 sur des nombres à deux chiffres tient bon jusqu'au premier zéro, puis elle cède.

Des chercheurs ont décrit ce moment avec une grande précision. John Seely Brown et Kurt VanLehn, dans un article publié en 1980 dans la revue Cognitive Science, ont analysé les soustractions de milliers d'élèves. Ils ont montré que les erreurs ne tombent pas au hasard : quand l'enfant arrive devant une étape qu'il croit impossible (enlever 1 à un zéro, par exemple), il se trouve dans une impasse, et il invente une réparation pour pouvoir continuer. Cette réparation devient une règle, fausse mais appliquée avec régularité. Plusieurs des erreurs qu'ils ont cataloguées concernent justement l'emprunt sur un zéro.

Votre enfant ne bâcle pas. Il bricole une sortie à une impasse qu'on ne lui a jamais appris à franchir.

Deux méthodes existent, et chaque école en choisit une

En France, on enseigne deux techniques pour poser une soustraction, et vous n'avez peut-être pas appris celle de votre enfant.

Par cassage, on défait une centaine ou une dizaine du nombre du haut, comme ci-dessus. On barre les chiffres et on les réécrit.

Par compensation, c'est la méthode dite « traditionnelle », celle de beaucoup de parents. Quand le chiffre du haut est trop petit, on ajoute 10 unités en haut et une dizaine en bas (le fameux petit 1 placé sous le chiffre suivant). Pour 402 − 187 : 12 − 7 = 5, puis le 8 du bas devient 9 ; 10 − 9 = 1, puis le 1 du bas devient 2 ; 4 − 2 = 2. Même résultat, 215. La méthode repose sur une propriété de l'écart : si l'on ajoute la même quantité aux deux nombres, la différence entre eux ne bouge pas.

Les deux sont justes. Le programme de mathématiques du cycle 2, publié au Bulletin officiel n° 41 du 31 octobre 2024, cite les deux (« par cassage » ou « par compensation ») et précise qu'« un unique et même algorithme sera privilégié au niveau d'une école pour toutes les classes du CE1 au CM2 ». Chaque école retient donc la sienne, et votre enfant l'a normalement découverte en CE1. En CE2, le même programme attend qu'il sache poser des soustractions avec des nombres jusqu'à 10 000.

Avant toute aide à la maison, demandez à l'enseignant laquelle est utilisée en classe. Un mot dans le cahier de liaison suffit. Sans cette information, vous risquez d'expliquer le soir l'inverse de ce qu'il entend le matin.

Le test : une opération, un crayon, et vous regardez

Ce soir, donnez-lui 402 − 187 sur une feuille. Ne l'aidez pas, ne commentez rien. Observez ce qu'il fait en arrivant au zéro, puis le résultat.

Il trouve 215, avec des traces propres. La technique est en place. Posez-lui une seule question : « Le 9 que tu as écrit, il vient d'où ? » S'il répond qu'il vient de la centaine qu'il a cassée, tout va bien.

Il trouve 315. Il a transformé le 0 en 9, mais il a laissé le 4 intact. Il connaît le geste (« quand il y a zéro, on met 9 ») sans savoir que ces dizaines sortent d'une centaine qu'il faut retirer. C'est la réponse la plus parlante : le geste est là, l'appui en numération manque.

Il trouve 385. Il a fait 7 − 2, 8 − 0 et 4 − 1 : dans chaque colonne, le plus petit chiffre ôté du plus grand. C'est la règle fausse du CE1, qui ne s'est jamais tout à fait effacée. Elle est décrite en détail dans notre article sur l'erreur 42 − 27, et c'est par là qu'il faut commencer.

Il bloque et vous demande quoi faire. C'est plutôt bon signe : il a vu l'impasse et refuse de la contourner n'importe comment. Il lui manque une idée, sans mauvaise habitude à défaire.

Vous voyez des traces des deux méthodes sur la même opération, des chiffres barrés en haut et des petits 1 en bas. Les deux techniques se sont mélangées, souvent parce qu'il en a entendu une à l'école et l'autre à la maison. Le résultat tombe alors à côté.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Le réflexe le plus naturel est aussi le plus coûteux : lui montrer votre méthode. Elle marche, elle vous paraît évidente. Mais si elle diffère de celle de son école, il se retrouve avec deux procédures à moitié comprises, et il pioche un morceau de chacune selon les soirs.

Évitez aussi l'astuce du genre « quand il y a zéro, tu mets 9 ». Une règle sans raison derrière, c'est exactement ce qui produit 315.

Enfin, ne lui faites pas enchaîner dix opérations avec des zéros. Tant que l'idée de la centaine cassée n'est pas installée, chaque répétition renforce un peu plus la réparation bricolée.

Cinq minutes avec de la monnaie de jeu

Il vous faut l'argent d'un jeu de société, ou des papiers découpés : quatre billets marqués 100, une dizaine de pièces marquées 10 et une dizaine de pièces marquées 1. Les pièces de 10 et de 1 restent de votre côté de la table : c'est la banque.

  1. Donnez-lui quatre billets de 100 et deux pièces de 1. Demandez : « Tu as combien ? » Il doit arriver à 402. S'il hésite, faites-le compter : 100, 200, 300, 400, 401, 402.
  2. Demandez : « Et tu as combien de pièces de 10 ? » Aucune. Laissez-le le dire lui-même.
  3. Annoncez : « Je te vends un crayon à 7. Paie-moi exactement 7. » Puis taisez-vous. Il a deux pièces de 1, il lui en faut sept, et il n'a aucune pièce de 10 à échanger.
  4. S'il reste bloqué, une seule relance : « La banque accepte tous les échanges. Qu'est-ce que tu pourrais lui donner ? » Laissez-le trouver qu'un billet de 100 s'échange contre dix pièces de 10, puis qu'une pièce de 10 s'échange contre dix pièces de 1.
  5. Avant qu'il paie, faites-lui recompter : trois billets de 100, neuf pièces de 10, douze pièces de 1. Toujours 402. Le moment le plus important est celui-ci : le nombre n'a pas changé, seule sa forme a changé.
  6. Il paie 7. Puis vous lui réclamez 80, puis 100. Il compte ce qui lui reste : 215.

Le lendemain, écrivez ensemble l'opération en suivant les mêmes étapes : le 4 barré qui devient 3, le 0 qui devient 10 puis 9, le 2 qui devient 12. Chaque trace écrite correspond à un échange fait de ses mains.

Si son école utilise la compensation, le jeu reste utile pour comprendre centaines et dizaines. Pour la trace écrite, suivez celle de la classe.

Quand en parler à l'enseignant

Parlez-lui dès maintenant, pour une seule question : quelle méthode est utilisée en classe. Cette simple information vous évitera des semaines de malentendus.

Revenez vers lui si, après deux ou trois semaines de manipulations régulières, votre enfant répond toujours 315 ou 385. Faites de même s'il ne sait pas dire combien il y a de dizaines dans 402 (il y en a 40). Le trou se situe alors en amont, dans la décomposition des nombres jusqu'à 1 000. Les attendus de fin d'année figurent sur la fiche soustraction posée en CE2, et nos autres articles sont réunis dans la rubrique soustraction avec retenue.

Quand les échanges avec la monnaie sont devenus faciles et que le zéro ne l'arrête plus, il peut passer aux exercices de soustraction posée de CE2 sur Pilo, par séances courtes.

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Les quatre erreurs que font tous les enfants sur les retenues, ce qu’elles révèlent, et le matériel de cuisine qui les corrige. Imprimable.

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Dans Pilo

Cette difficulté correspond à ces compétences que Pilo travaille et vérifie :

  • Poser une soustraction en colonnes, avec emprunts
  • Soustraire en « cassant » une dizaine (42 − 27)
  • Comprendre que 356, c’est 3 centaines, 5 dizaines et 6 unités
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