« Paul en a 3 de plus » : pourquoi votre enfant répond 15 au lieu de 9

Problème mathématique CE1 : il lit « de plus » et additionne ? Il suit un mot-clé au lieu de voir la situation. Un test ce soir, puis cinq minutes avec des billes.

Il est 18 h 30, le cahier du jour est ouvert sur la table de la cuisine. Le problème tient en trois lignes :

Paul a 3 billes de plus que Léa. Paul en a 12. Combien Léa en a-t-elle ?

Votre enfant lit, repère « de plus », écrit 12 + 3 = 15 et range déjà son crayon. Vous lui demandez de relire. Il relit, il confirme : 15. Il a même l'air assez fier de lui.

La bonne réponse est 9. Et le plus déroutant, c'est qu'il sait faire 12 − 3 depuis longtemps.

« Il lit trop vite »

C'est le diagnostic que tout le monde pose, à la maison comme à l'école : il ne lit pas la consigne, il se précipite, il manque d'attention. Parfois on va plus loin, et une petite phrase s'installe : il n'est « pas fait pour les problèmes ».

Rien de tout cela ne colle avec ce que vous avez sous les yeux. Un enfant inattentif se trompe au hasard : un jour 15, un jour 12, un jour 3. Le vôtre répond 15 avec assurance, et il répondra 15 demain. Une erreur aussi stable a une cause précise.

Il a lu, et soigneusement. Il a cherché dans l'énoncé l'indice qu'il a appris à chercher, il l'a trouvé, et il a obéi.

La règle qu'il s'est fabriquée : « de plus » veut dire +

Pendant des mois, les problèmes du CP et du début du CE1 lui ont appris une chose. « Il en gagne », « on lui en donne », « de plus » annoncent presque toujours une addition. « Il en perd », « il en reste », « de moins » annoncent une soustraction. Personne ne lui a dicté cette table de correspondance. Il l'a déduite tout seul, parce qu'elle marchait. Parfois aussi, avec les meilleures intentions, un adulte la lui a offerte comme astuce.

Cette règle a un défaut : elle ne regarde jamais l'histoire. Dans notre énoncé, Paul est celui qui en a le plus. On connaît sa quantité, on cherche celle de Léa, qui en a moins. Il faut donc enlever, alors que le texte dit « de plus ». Le mot pointe dans une direction, la situation dans l'autre.

Le didacticien Gérard Vergnaud a rangé ces énoncés dans une famille à part de sa classification des problèmes additifs (L'Enfant, la mathématique et la réalité, 1981) : les problèmes de comparaison. Dans ces problèmes-là, rien ne bouge. Personne ne donne, personne ne perd. On pose deux quantités côte à côte et on parle de l'écart entre elles. Les mots de l'action, qui guidaient si bien l'enfant jusque-là, ne lui servent plus à rien.

Les chercheurs ont un nom pour le piège de Paul et Léa : l'incohérence lexicale, quand le mot-indice contredit l'opération à faire. En 2024, Terhi Vessonen et ses collègues des universités d'Helsinki et d'Åbo ont rassemblé 69 études sur des élèves de l'école élémentaire, dans une méta-analyse publiée par la revue Educational Psychology Review (Vessonen et al., 2024). Parmi les caractéristiques qui rendent un problème plus difficile pour les enfants de cet âge, elle figure en bonne place.

Voilà pourquoi la méthode des mots-clés tient en CE1 et s'effondre ensuite. Tant que les énoncés sont prévisibles, elle donne la bonne réponse. Dès qu'ils se mettent à raconter autre chose que des gains et des pertes, elle se retourne contre l'enfant.

Les 97 élèves et le capitaine

Ce réflexe de chercher les nombres plutôt que l'histoire est connu depuis longtemps en France. À la fin des années 1970, une équipe de l'IREM de Grenoble a posé à des élèves de CE1 et de CE2 un problème volontairement absurde :

Sur un bateau, il y a 26 moutons et 10 chèvres. Quel est l'âge du capitaine ?

Sur 97 élèves interrogés, 76 ont donné un âge, calculé avec les nombres de l'énoncé. La pédagogue Stella Baruk a fait connaître cette expérience au grand public dans son livre L'Âge du capitaine (1985).

Ces enfants n'avaient rien de sot. Ils avaient appris, au fil des exercices, qu'un problème de maths se résout en combinant les nombres qu'il contient, et que l'histoire autour compte peu. L'enfant qui écrit 15 applique la même logique, de façon plus discrète : il ne regarde pas Paul ni Léa, il regarde 12, 3 et « de plus ».

Le test en une question

Ce soir, sans cahier, posez-lui ce problème à voix haute :

Léa a 8 billes. Elle en a 5 de moins que Paul. Combien Paul a-t-il de billes ?

Ici, le mot ment dans l'autre sens : il y a « moins », et pourtant il faut additionner. Paul en a 13. Écoutez la réponse, et surtout la manière dont elle arrive.

Il répond 3 tout de suite. Il suit le mot-clé. La règle « moins veut dire − » est installée, et c'est elle qu'il faut déloger. Le calcul, lui, va très bien.

Il répond 13 après un temps, en marmonnant « donc Paul en a plus ». Il se fait une image de la situation. L'erreur du cahier venait sans doute d'une lecture trop rapide un soir de fatigue, et le reste de cet article est un bon entraînement, sans urgence.

Il répond 13 instantanément. Posez un deuxième énoncé du même genre pour vérifier que ce n'était pas un coup de chance. S'il réussit encore, l'appui est là.

Il demande : « Qui en a le plus ? » C'est la meilleure réponse possible, même s'il n'a pas encore le résultat. Il cherche l'image avant l'opération.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Le réflexe naturel, face à ce 15, est de corriger la règle : « Attention, avec "de plus que", des fois il faut faire moins. » Ou d'affiner la liste de mots-clés, avec ses exceptions. Chaque exception ajoutée rend la liste plus longue et plus fragile, et l'enfant en retient surtout qu'un problème se résout en devinant ce que l'adulte attend.

Évitez aussi le « relis bien la consigne ». Il l'a relue. Relire avec la même règle en tête donne le même résultat, et l'enfant finit par croire qu'il lit mal, ce qui est faux.

Ne lui dites pas quelle opération faire. « Ici, c'est une soustraction » règle l'exercice du jour et renforce l'idée qu'un problème cache une opération à trouver, alors qu'il raconte une situation à comprendre.

Et rangez le surligneur. Souligner les « mots importants » de l'énoncé, c'est exactement ce qu'il fait déjà dans sa tête.

Les cinq minutes qui débloquent : deux lignes de billes

Ce qu'il vous faut : une vingtaine de billes. À défaut, des pâtes, des Lego, des pièces, n'importe quels petits objets identiques. Et une feuille avec un crayon.

  1. Alignez 12 billes en ligne droite sur la table. Dites : « Voici les billes de Paul. »
  2. Lisez la phrase : « Paul a 3 billes de plus que Léa. » Puis posez une seule question : « Qui en a le plus ? » Attendez sa réponse sans l'aider.
  3. Demandez-lui de construire la ligne de Léa juste en dessous, bien alignée à gauche sur celle de Paul.
  4. Laissez-le faire. Il en posera peut-être 15 au premier essai. Ne corrigez pas : demandez de nouveau « Qui en a le plus, maintenant ? ». Il verra la ligne de Léa dépasser, et il enlèvera des billes de lui-même.
  5. Quand les deux lignes sont justes, montrez du doigt les 3 billes de Paul qui dépassent : « Le "de plus", c'est ce bout-là. »
  6. Sur la feuille, faites-lui dessiner deux rectangles à la place des billes : un long pour Paul, un plus court pour Léa, alignés à gauche. C'est un schéma en barres, la version dessinée de ce qu'il vient de faire avec ses mains.
  7. Reprenez l'énoncé du test (Léa 8, cinq de moins que Paul). Cette fois, il construit d'abord les deux lignes, et c'est seulement après que vous lui demandez quelle opération il ferait.

Arrêtez-vous là. Cinq minutes suffisent, deux ou trois énoncés au maximum. Les soirs suivants, alternez des problèmes où le mot dit vrai et d'autres où il ment, pour qu'il cesse de s'y fier. La question « Qui en a le plus ? » reste le passage obligé : tant qu'elle n'a pas de réponse, on ne calcule pas.

Au bout de quelques jours, retirez les billes et gardez seulement les deux rectangles. Plus tard, il fera ce dessin dans sa tête.

Quand en parler à l'enseignant

Donnez-vous deux semaines de petites séances avant de tirer une conclusion. Un enfant qui a passé des mois à s'appuyer sur les mots-clés ne les abandonne pas en une soirée, et il est normal qu'il y retombe quand il est fatigué.

Si, passé ce délai, il n'arrive toujours pas à dire qui en a le plus après avoir entendu une phrase courte lue à voix haute, le trou est probablement ailleurs : dans la compréhension de la phrase elle-même, avant toute question de calcul. C'est le bon moment pour en parler à l'enseignant, qui pourra observer s'il rencontre la même gêne en lecture.

Dans tous les cas, demandez comment les problèmes sont travaillés en classe. Si l'école utilise déjà des barres, reprendre les mêmes dessins à la maison évite à votre enfant de jongler entre deux méthodes. Pour savoir exactement ce qu'on attend en fin d'année, la fiche problèmes de comparaison au CE1 détaille l'objectif, et d'autres articles sur les problèmes couvrent les autres familles d'énoncés.

Si vous voulez qu'il retrouve ce type d'énoncés hors du cahier, les exercices de CE1 de Pilo proposent des problèmes de comparaison en ligne, avec deux barres à regarder avant de calculer.

12 problèmes à dessiner, prêts à imprimer

Les schémas en barres expliqués à un parent en une page, puis 12 problèmes progressifs avec leur corrigé dessiné.

Un email par semaine. Désinscription en un clic. Votre adresse n’est ni vendue, ni partagée.

Dans Pilo

Cette difficulté correspond à ces compétences que Pilo travaille et vérifie :

  • Répondre à « combien en a-t-il de plus que... ? »
  • Dessiner le problème avant de le calculer
  • Résoudre un problème où l’on ajoute quelque chose
Essayer gratuitement

À lire ensuite

Il pose ses opérations sans faute, mais bloque sur chaque problème de CE2

Votre enfant calcule juste mais rate chaque problème de CE2 ? Il ne voit pas la situation. Un test en une question et un dessin de cinq minutes pour débloquer.

Le schéma en barres : la seule chose à apprendre à votre enfant pour les problèmes

Votre enfant calcule vite mais rate les problèmes ? Il ne les lit pas, il les scanne. Le schéma en barres corrige cela en dix jours.

Il compte encore sur ses doigts en CE1 : ce qu'il faut regarder à la place

Compter sur ses doigts en CE1 n'a rien d'alarmant. Une question, 8 + 5, révèle le seul signal à surveiller, et dix objets suffisent pour le faire bouger.